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Budget 2026 : Sébastien Lecornu annonce un gel des dépenses qui dépendent de Matignon
Le Premier ministre annonce une stabilité des moyens de fonctionnement pour les administrations et services placés sous la responsabilité de Matignon.
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Par Public Sénat
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Le négociateur de l'UE pour le Brexit rend hommage à une femme qui « n’a jamais été fataliste » et qui « se battait toujours ». « Elle était incroyablement magnifique dans ses combats ». Si il elle était encore vivante, elle « aurait été forte et volontariste pour que l’Europe reparte »
Xavier Darcos, ancien ministre et membre de l’Académie française, a rendu hommage à Simone Veil, elle aussi devenue une immortelle. Un attachement aux lettres cultivé par « un père laïc mais très attaché aux valeurs de la République, très attaché à l’orthographe, à la langue, à la culture… Pour elle, cet accueil à l’Académie française, c’était saluer la mémoire du père disparu dans la Shoah. Lorsque Jean d’Ormesson lui a dit ‘vous vous rendez compte que vous succédez au fauteuil de Racine’, elle m’a dit en sortant ‘mon père récitait si souvent du Racine. »
« Et pour l’Académie française, c’était un très grand honneur d’avoir cette figure emblématique de l’histoire de la nation dans ses progrès (…) figure emblématique de l’histoire de la nation. »
Le Commissaire européen Pierre Moscovici a rappelé que « pour ceux qui ont vécu ce qu’elle a vécu, l’Europe est quelque chose qui n’est pas technocratique. C’est quelque chose de très intime, de vécu. »
« Je partage avec elle des origines, ma famille a vécu ces drames, pas avec la même ampleur que pour Simone Veil » raconte Pierre Moscovici. Il a enfin salué une « grande française et une grande européenne », se disant « très heureux qu’Emmanuel Macron ait décidé de son entrée au Panthéon. » « Nous avons besoin d’une telle figure dans notre imaginaire national » a-t-il expliqué.
L’ancienne ministre de la Défense a rendu hommage à Simone Veil, « une référence pour les générations futures » selon elle. Michèle Alliot-Marie a salué son « immense générosité et sa volonté de toujours agir pour la liberté et pour l’Europe. »
Le Chant des déportés, appelé aussi Chant des Marais, a été entonné pour accompagner le cercueil de Simone Veil.
Le président de la République a annoncé, "avec l'accord de la famille" que Simone Veil et son époux reposeront au Panthéon.
« Les combats de Simone Veil ne sont pas des victoires acquises pour toujours. Ce qui les a fait naître ressurgit sans cesse ici ou ailleurs : intolérance, sectarisme, haine fanatique ou doctrinaire (…) restent des braises ardentes, prêtes à rallumer les pires embrasements. »
« Son humanité, du reste, n’était pas réservée à la sphère publique. Aux lettres si nombreuses qu’elle recevait, elle répondait avec attention. Parfois, cela irritait un peu Antoine. Elle employait pour cela une langue française de grande élégance. »
« Ses combats, elle les mena bien souvent avant que la société et les mœurs ne les aient faits leurs. Avant que la majorité ne les ait adoptés. Elle eut raison bien souvent avant l’opinion commune et souvent contre elle. Simone Veil fut cet éclaireur de la République qui monte seul à l’assaut de bastilles imprenables et qui pourtant les prend, pour ensuite nous les offrir en partage, à nous qui n’avions pas cru que cela était possible. »
« Avant nous toujours été justes avec cette Juste ? Le salaire de son courage, ce fut la haine des uns. Elle savait la solitude des pionniers, le sort cruel réservé aux pionniers. La victoire était à ce prix. La liberté aussi était à ce prix, et Simone Veil l’avait résolument choisie. »
« Cette grandeur est celle des combats qu’elle livra les uns après les autres, parfois les uns en même temps que les autres car ce ne fut ni plus ni moins que les combats du siècle. »
« Sa bataille pour que cessent les conditions sordides et meurtrières dans lesquelles se déroulaient les avortements mais aussi contre l’hypocrisie sociale qui les favorisait fait partie pleinement de l’histoire de note modernité » a poursuivi le président de la République.
Il a aussi rendu hommage au combat européen de Simone Veil. « Elle savait, qu’au cœur de ce rêve européen, il y avait avant tout ce rêve de paix et de liberté pour lequel elle s’est tant battue. »
« Contemplons cette vie » a déclaré le chef d’Etat lors de son éloge funèbre. « Jamais nous ne pourrons en mesurer les souffrances, si profondes, si violentes. De celles qui brisent une âme. Qu'’il s’agisse de la noire expérience des camps de la mort où moururent sa mère bien-aimée Yvonne, son père André, son frère Jean, plus tard du décès accidentel de sa sœur Madeleine, compagne de déportation et de son neveu Luc. De la mort trop précoce de son fils Claude-Nicolas. Enfin de la disparition d’Antoine, si présent aujourd’hui dans nos pensées. »
« Mais jamais non plus, de cette vie, nous ne pourrons peser l’invincible ardeur, l’élan profond vers ce qui est juste et bien, et l’énergie inlassable à le faire triompher. »
Deux des trois fils de Simone Veil ont rendu hommage à leur « maman », quatre ans après la mort de d’Antoine, « l’homme de (sa) vie, (son) compagnon, (son) indéfectible soutien et partenaire » comme le souligne Pierre-François Veil, le benjamin.
Si Simone Veil est « devenue la mère de tant de Français et de Françaises », elle reste avant tout la leur, celle avec qui ils ont grandi et ont appris à se saisir de la « tragédie indélébile » dont elle a été victime.
« Avant l’âge de 10 ans je connaissais le nom d’Auschwitz et le sort de juifs que les nazis leur réservaient dans les camps », confie Jean Veil. « L’absence de remarquable de grands parents suscitaient mes questions, auxquelles tu répondais toujours simplement et de manière de plus en plus détaillée au fil des années. »
Une prise de conscience qui n’était pas donnée à tout le monde. Jean se souvient ainsi du jour où il « rentré en larmes de l’école maternelle » avant de faire « remarquer à sa mère qu’elle chance nous avons de ne pas être protestants, malheureuses victimes des massacres de la Saint-Barthélemy ». « A l’époque rien n’était dit dans les écoles à propos du massacre de la Shoah et tu as du y suppléer », remarque-t-il en s'adressant à sa mère.
Jean Veil se souvient du « voyage à Auschwitz », en 2004, où sa mère a montré à ses enfants et petits-enfants les vestiges de l’enfer qu’elle a vécu : « Les emplacements des fours crématoires, les voyages dans les wagons à bestiaux, les latrines communes (…) »
Mais aussi de son regard, dans lequel se reflétaient « les stigmates » de ce vécu tragiquement hors du commun, ces « yeux pers dans un visage éclairé », cet « extraordinaire regard que papa aimait tant et qui pouvait passer de la bienveillance à la fureur puis de la colère à l’affection la plus douce ».
« Des camps tu avais gardé l’horreur de la promiscuité et de toute familiarité. Malgré un scepticisme absolu sur le comportement des humains tu as gagné une bienveillante énergie pour aider en toutes circonstances celles et ceux qui souffrent », souligne le fils ainé.
Pierre-François Veil se souvient, lui, du 18 mars 2013, quand, « au moment de te recevoir au fauteuil de Racine, Jean d’Ormesson avait osé te susurrer : « Nous vous aimons madame ». « Ce jour là, nous avions fini par te croire vraiment immortelle. »
Il n’oubliera jamais non plus « ce bruit et cette fureur des insultes proférées sans retenue », heureusement « aujourd’hui magnifiquement balayées ». « Finalement le temps est venu pour toi aussi de te retirer avec ton calme, ta douceur et ta délicatesse sur la pointe des pieds. » Et d’ajouter : « Depuis vendredi dans la peine et le chagrin, nous sommes devenus les témoins prévenus et ébahis d’un pays en deuil, presque apaisé, sinon un instant réconcilié (…) Cet hommage est ton ultime victoire de ton combat sur les camps de la mort. »
Le cercueil de Simone Veil est arrivé dans la cour d'honneur des Invalides, au son de la marche funèbre de Frédéric Chopin.
Le président de la République a salué la famille ainsi que plusieurs personnalités venues assister à la cérémonie.
Nicolas Sarkozy, l'ex ministre Jean-Louis Borloo, l'ancien Premier ministre Lionel Jospin, mais également le président du Sénat Gérard Larcher sont venus rendre hommage à Simone Veil.
« Je ressens beaucoup de gratitude, de reconnaissance pour ce que toutes les femmes de ma génération lui doivent » a expliqué Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres. « C’est une référence morale absolue, qui incarne la résilience, la force de la vie face à la barbarie. »
« C’est l’exemple d’une femme politique qui a bousculé beaucoup de conservatismes pour les droits des femmes » poursuit-elle. « Cet exemple, c’est aussi un exemple inspirant pour les combats d’aujourd’hui. »
Le président de la République prononcera l'éloge funèbre, en présence de nombreuses personnalités françaises et étrangères. Le cercueil fera son entrée peu après 10H30 dans la Cour d'honneur des Invalides, revêtu du drapeau tricolore et porté par des Gardes républicains au son de la Marche funèbre de Chopin. Il la quittera une heure plus tard accompagné du Chant des Marais, celui des déportés, en souvenir de l'internement de Simone Veil au camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau.